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Ce fut d'abord une tannerie avec
pilerie d'écorces, établie par Laurent-Alexis Pelletier,
notaire impérial à Eclaron. Dans une demande adressée
au Préfet, le 4 novembre 1811, il expose que "pour occuper
une partie de sa nombreuse famille, il a établi à Eclaron,
depuis plusieurs années une tannerie avec pilerie d'écorces.
Cette pilerie existe aujourd'hui sur un courant dépendant des moulins
d'Eclaron et est subordonnée, quant à l'eau, à cette
principale usine, de manière qu'elle ne tourne pas pendant une
bonne partie de l'année. Voulant parer à cet inconvénient,
il désirerait transporter cette pilerie sur une propriété
qui lui appartient dans le finage d'Eclaron et qui est traversée
par le canal de la rivière d'Allichamps (à ne pas confondre
avec la "neuve rivière" au bord de laquelle existait
au 15° siècle un haut-fourneau et qui coule d'Allichamps à
Sainte-Marie du Lac), de manière qu'il est propriétaire
des deux bords sur une largeur de 32 mètres et demi, correspondant
à 100 pieds, étendue plus que suffisante pour l'assiette
de cet établissement qui ne manquerait d'eau dans aucun temps de
l'année. Cette usine ne nuira à qui que ce soit : l'eau
qui la fera tourner se rendra comme aujourd'hui aux moulins d'Eclaron.
Il résultera au contraire, de cet établissement, une plus
grande consommation d'écorces et de l'occupation pour les ouvriers
et les voituriers du pays."
Le 2 mai de l'année suivante, il fut précisé que
l'usine devait être bâtie sur la rive gauche de la rivière,
sur la "pressante" qui, partant du moulin d'Eclaron, la suit
jusqu'au village d'Allichamps. L'autorisation nécessaire fut accordée
par arrêté préfectoral du 7 août 1812, approuvé
le 27 octobre de la même année par le ministre de l'intérieur.
L'établissement ne tarda pas à s'agrandir.
Le 27 novembre 1815, Claude-Laurent Pelletier comme étant aux droits
du sieur Laurent Alexis Pelletier son père, notaire royal à
Eclaron, expose au préfet "que les entraves apportées
au commerce par l'effet de la guerre a paru rendre cet établissement
presque nul et voulait néanmoins tirer parti des dépenses
qu'il avait occasionnées, l'exposant y a ajouté un moulin
à grains. Ce nouvel établissement n'ayant pas nécessité
une plus grande retenue d'eau que le premier, ne causant aucun désagrément
aux propriétés adjacentes et ne pouvant produire qu'une
concurrence avantageuse au public, ainsi qu'il résulte du certificat
de messieurs les Maire et adjoints d'Eclaron, en date du 8 de ce mois,
l'exposant a cru pouvoir le construire sans une nouvelle autorisation
mais il demande que l'affaire soit régularisée.
Dans cet exposé, Claude-Laurent Pelletier n'avait pas omis de mentionner
qu'il avait agi malgré l'opposition de Joseph-Nicolas Hû
et de Barnabé Guérin, propriétaires des moulins d'Eclaron.
Ils avaient en effet, prétendu que ce moulin "rendra les leurs
presque nuls". Mais selon l'avis du Maire d'Eclaron, daté
du 8 novembre 1815, mentionné par Claude-Laurent Pelletier "le
moulin à grains est d'une grande utilité pour la commune,
ayant été obligé de le mettre en réquisition
pour subvenir à la nourriture des troupes alliées qui ont
passé et séjourné dans la commune en grand nombre
en ce dit bourg et communes avoisinantes et n'a pas demandé une
plus forte tête d'eau que celle qui existait pour la maillerie."
Une nouvelle autorisation fut accordée par nouvel arrêté
préfectoral en date du 31 août 1816, approuvé comme
le précédent, par le ministre de l'intérieur, le
29 novembre 1816.
En fait, la paix rétablie, la tannerie et le moulin végétèrent.
Plusieurs fois il fut en vente sans succès, jusqu'à ce que
le duc d'Orléans et Mademoiselle d'Orléans, sa sur,
en fissent l'acquisition, peu après le 4 juin 1828. Monsieur de
Broval, "secrétaire des commandements de leurs altesses royales"
demande au préfet de la Haute-Marne l'autorisation de convertir
en un haut-fourneau pour la fonte du fer, le moulin à farine que
le prince et la princesse possèdent sur la rivière d'Allichamps.
A cette requête, il ajoutait que leurs altesses royales "possèdent
des forêts considérables dans lesquelles se trouvent et le
minerai de fer en abondance et le combustible. Les besoins de l'industrie
pour la consommation du fer sont aujourd'hui considérables et tendent
tellement encore à s'accroître qu'une usine de plus ne peut
former une concurrence nuisible à celles qui existent déjà."

Puis les administrateurs du duc d'Orléans se rendirent acquéreurs
de toutes les propriétés qui bordent tant la rivière
que le canal de jonction. Dès lors, n'ayant plus à opérer
que sur leur terrain, d'autre part "n'ayant pas d'incertitude sur
le succès de la demande" ils commencèrent, au cours
de l'été de 1829, les divers travaux concernant la construction
de l'usine. Le moulin fut donc démoli, en même temps qu'un
haut-fourneau fut édifié sur la rive droite, avec bocard
(machine à broyer les minerais avant traitements de ceux-ci. Ils
étaient généralement constitués de plusieurs
pilons munis de mentonnets soulevés par un arbre à came)
et patouillot ou patouillet (appareil pour le lavage des minerais) à
1300 mètres en amont. Les forêts de Marnesse et du Der, toutes
deux appartenant au duc d'Orléans, devaient fournir l'une le minerai,
l'autre le combustible.
L'inauguration devait avoir lieu à la fin de juillet 1830. "Monseigneur
le duc d'Orléans et sa sur, Madame Adélaïde d'Orléans,
avaient résolu de profiter de cette circonstance pour venir visiter
leurs propriétés de Champagne."
Le maire d'Eclaron, informé des projets de leurs altesses royales,
avait fait des préparatifs nombreux et fait élever un arc
de triomphe afin de recevoir dignement "l'auguste famille qui a toujours
comblé de ses bienfaits la commune d'Eclaron. Mais les évènements
s'opposèrent à l'accomplissement de leur résolution."
C'est alors, en effet, qu'éclata la Révolution de Juillet
qui retint le duc d'Orléans dans la capitale et le porta sur le
trône.
Lors d'une visite effectuée le 20 avril 1832 par l'Ingénieur
des Ponts et Chaussées de Chaumont l'on envisagea la construction
d'un deuxième haut-fourneau sur la rive gauche de la rivière,
à l'emplacement de l'ancien moulin, mais le projet n'eût
pas de suite. Après la mort du roi Louis-Philippe (1850), ses héritiers
vendirent les biens qu'ils possédaient sur le territoire d'Eclaron,
la forêt du Der et le Fourneau. Cet établissement fut acheté
en 1854, par Monsieur Guyard, Maître de Forges à Saint-Dizier.
En 1862, Monsieur Noirot, directeur au compte de la famille Guyard, "sollicité
depuis longtemps par une grande partie des communes d'Eclaron, Humbécourt
et Allichamps" comme il l'écrit au Préfet le 12 avril,
construisit une batterie à battre les grains.
Au cours du temps le haut-fourneau fut converti en fonderie. Vers
1880 elle occupait 70 ouvriers et fabriquait des pièces diverses
et de la fumisterie. Deux roues hydrauliques de la force de 60 chevaux
procuraient la force motrice dont elle avait besoin. La production était
de 5 tonnes/jour. Cette fonderie fut en activité jusqu'en 1895,
époque à laquelle elle fut vendue par Monsieur Pierre-Jules
Guyard à Monsieur Paul Reybet, fabricant de meubles et Madame Céline-Hortense
Winckler, son épouse, demeurant ensemble à Eclaron. Devenu
propriété de Monsieur Reybet, la fonderie fut démolie
et remplacée par une "Manufacture de Roues et Bois Cintrés"
qui appartint ensuite à Monsieur Chaudron.
Cette date marque la fin de la sidérurgie éclaronnaise.
Puis, en 1902, Monsieur Armide Briffoteaux s'en rendit acquéreur
et, depuis, elle n'a cessé d'appartenir à sa famille. Décédé
en 1912, il eut pour successeur son fils Joseph (décédé
en 1941), puis ses petits-fils Messieurs Armide (décédé
en 1970) et Henri Briffoteaux (décédé en 1987). Durant
toute cette période, l'usine a pris une belle extension et fut
constamment modernisée par ses propriétaires.

Dès qu'il en eut pris possession,
Monsieur Armide Briffoteaux
y installa l'électricité, force et lumière, puis
en 1905, soit 20 ans avant que la commune en fût dotée, il
lui proposa de l'en faire bénéficier. A la suite d'un incendie
partiel, les bâtiments industriels édifiés en 1921
et en 1926 remplacèrent d'anciens locaux bâtis en bois et
depuis, des constructions neuves ont peu à peu fait disparaître
celles qui dataient du siècle précédent.
Après avoir été gérée par Monsieur
Philippe Briffoteaux, L'usine s'appelle depuis le 25 octobre 2001 TECHNIPAL
et fait partie du groupe PGS (Palette Gestion Service). Elle emploi 26
personnes.
Ce texte est en grande partie extrait de"Rues et
maisons d'Eclaron" par H. de Baillon et de "la notice sur le
village d'Eclaron" par le Vicomte Charles de Hédouville
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