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Ancien nom: rue Mizelles
ou "Misselle".
Rue Mizelles.
La plus ancienne mention de
la "rue Mizelles" remonte à 1624 à une époque où l'on ne faisait pas
la distinction entre cette rue et celle qui la prolongeait jusqu'à la
Blaise et qui porte actuellement le nom de "Rue de la fontaine". A partir
de 1729, les Eclaronnais commencent à l'appeler "rue de l'hôpital" tout
en continuant d'utiliser l'expression rue "Mizelles" jusque vers 1770.
Du côté est, la rue est bordée
aux XVII° et XVIII° siècles par des habitations de taille moyenne et
ayant un petit jardin au soleil levant. Parmi les occupants de ces maisons,
on note par exemple des tissiers en toiles, un passementier, un marchand
tanneur, un tonnelier, un pâtre communal, un boulanger, un cordonnier,
un boucher, un recteur d'écoles, quelques laboureurs (dont Charles Latarte,
époux de Marie Agnès Gallois, en 1766).
Du côté ouest, les maisons appartiennent
plutôt à des notables. Celle qui se trouve à peu près au milieu avec
son toit "à la Mansard" était à la fin du XVII° siècle et au début du
XVIII° la propriété des héritiers de la famille Gillet, dont un membre
avait fait partie de l'entourage et de la famille du premier secrétaire
de Colbert.
Le testament de
Mademoiselle de Guise (1686).
Relevant de la Principauté de
Joinville, Eclaron avait alors comme seigneur Marie de Lorraine, dernière
représensante de la famille de Guise. Sentant ses derniers jours arriver,
elle avait établi son testament en 1686, à l'âge de 72 ans. Deux articles
concernaient plus particulièrement Eclaron, à savoir la fondation d'une
école pour les petites filles, et la création d'un hôpital, ou plus
exactement d'un hospice: Article 17 - "Je donne la somme de 2.000 livres
de rentes pour fonder un hôpital dans Esclaron où seront réunis tous
les pauvres dudit lieu d'Esclaron et de mes autres terres de Champagne
(.....), j'entends les pauvres malades et ceux qui ne pourront pas gagner
leur vie".
Mais il faut attendre une quarantaine
d'années avant que les cohéritiers de Mademoiselle de Guise se réunissent
en assemblée et parviennent à régler sa succession (1727). Le Duc Louis
d'Orléans (fils du Régent) peut alors entreprendre les démarches nécessaires
à la création de l'hôpital d'Eclaron. Encore faut-il trouver une maison
suffisamment logeable et surtout disponible. Deux ans après, elle était
trouvée.
L'achat de la
maison Gillet (1729).
En accord avec l'évêque de Châlons
de passage pour ses visites pastorales, la municipalité d'Eclaron reconnaît
au mois de mai 1729 que la maison en question, située rue Mizelles convient,
parfaitement. Le bâtiment est assez grand. Il est construit en poutres
et torchis comme toutes les maisons de la rue et il comporte un vaste
jardin dans lequel on pourra faire pousser des légumes et des arbres
fruitiers. La Communauté des habitants d'Eclaron donne son accord et
en communique le contenu au curé du bourg, Mr Pierre-Paul de Martinet,
docteur en Sorbonne, doyen de la Chrétienté de Perthes, qui donne son
approbation. L'acquisition est faite au mois de juillet 1729 pour la
somme de 1.500 livres par les deux échevins et le procureur-syndic de
la communauté des habitants d'Eclaron, au nom du Du Duc d'Orléans, héritier
de Mademoiselle de Guise.
Travaux d'aménagement
(1729-1736).
Avant d'ouvrir l'hospice, il
faut évidemment procéder à divers travaux pour réparer l'immeuble, aménager
convenablement deux salles pour les malades et des logements pour les
deux Soeurs de la Charité et le personnel domestique. Le toit est entièrement
refait. Autour de la cour sont disposés une chapelle et des communs
destinés à abriter quelques animaux d'élevage. Soucieux d'accomplir
au mieux ses devoirs, le Duc Louis d'Orléans a fourni les fonds supplémentaires
qui se révèlent être nécessaires. En attendant que les travaux soient
terminés et que tout le mobilier soit acheté et installé, les Soeurs
de la Charité (ordre fondé par Saint Vincent de Paul) soignent les malades
pauvres à domicile.
En 1736, la réception des travaux
est signée, des statuts et un règlement sont adoptés, et l'hospice est
enfin ouvert.
Gestion mixte:
municipale et paroissiale.
L'Hôpilal est doté d'un capital
alimenté par la fondation de Mademoiselle de Guise, mais aussi par les
dons, sans oublier les quêtes qui sont effectuées chaque mois pendant
les offices religieux à l'église: celle du mois de novembre 1756 rapporte
six livres, celle du mois de décembre trois livres huit sols et trois
deniers. La gestion est confiée à des administrateurs. Le bureau comprend
des membres de la Prévôté d'Eclaron (dépendant du duc d'Orléans), le
Procureur-Syndic et deux habitants du bourg (élus par la population
parmi lesquels on note en 1753 Monsieur Pintat), le curé titulaire de
la paroisse ainsi que les responsables de la Fabrique (c'est-à-dire
des finances et de l'entretien de l'église). Un prêtre est affecté à
l'oeuvre d'aumônerie de l'Hôpital, mais il doit, comme cela est bien
spécifié, se conduire en membre à part entière de la paroisse. Pour
cette raison, il sera aussi Vicaire au service de tous les paroissiens.
Cette coopération entre les
responsables civils et religieux n'est pas unique en son genre. Elle
se retrouve par exemple dans les périodes de crise économique notamment
à la veille de la Révolution quand les autorités se préoccupent d'établir
des "Ateliers de Charité" pour venir en aide aux chômeurs. Malgré les
marques de respect qu'il prodigue à la religion catholique et au clergé,
le Duc d'Orléans insiste pour que l'hôpital soit entre des mains laïques,
histoire sans doute de marquer les distances face aux manières un peu
envahissantes dont l'évêque de Châlons avait fait preuve lors de la
reconnaissance de la maison Gillet en 1729.
En signe de reconnaissance,
les habitants d'Eclaron placent dans l'hôpital les portraits de Mademoiselle
de Guise et du Duc Louis d'Orléans.
Les malades: pas
de femmes enceintes ou de mauvaise vie!
L'hôpital est conçu à l'origine
pour recevoir environ huit malades. Grâce aux dons qui sont faits par
la suite, ce nombre est porté à dix. Les malades peuvent provenir de
toutes les paroisses qui composent la Prévôté d'Eclaron, comme Ste-Livière,
Ambrières, La Neuville-au-Pont, Moëslains et Valcourt, Braucourt, Les
Côtes (c'est-à-dire Ste Marie-du-Lac), Humbécourt, Allichamps. Les malades
doivent être de religion catholique et avoir fait leurs Pâques. Les
incurables et les contagieux ne sont pas acceptés, les femmes et les
filles enceintes non plus car l'hospice n'est pas destiné à servir de
maternité. Quand cela est nécessaire, l'hôpital fait appel aux services
des chirurgiens qui résident dans le bourg. Les malades décédés à l'hôpital
sont inhumés dans le cimetière (il se trouve à cette époque autour de
l'église) et inscrits dans les registres paroissiaux.
Lait, fromages,
oignons et salades.
Un registre des recettes et
des dépenses est soigneusement tenu. On y voit par exemple qu'en octobre
1753 la somme de trente neuf livres est payée au tuilier d'Eclaron pour
la fourniture de trois mille cent briques et de deux muids de chaux
qui ont été nécessaires à l'achèvement de la muraille de la cour. Au
chapitre des recettes sont enregistrées les ventes de lait et de fromage
car l'hôpital a ses propres vaches laitières. Un porc qualifié de "non
gressé" rapporte dix-huit livres. D'autres rentrées proviennent des
produits du jardin potager ou du verger: oignons, salades, huile d'amandes.
A l'occasion l'hôpital sert de pharmacie et les habitants viennent y
acheter les "drogues" nécessaires à leurs soins.
En décembre 1756, une jeune
fille est engagée pour le service de l'hôpital. Elle demande une avance
sur salaire, ce qui lui est accordé. Mais comme elle ne se plait pas
dans l'établissement, elle restitue cette somme à son départ ainsi que
la prix de son tablier et de ses sabots.
Le premier trésorier est M Claude
de Ponthon, notaire et procureur qui demeure juste à côté de l'établissement.
En 1754, le nouveau trésorier, Maître Oudart, ayant toute confiance
dans "la sage économie" des Soeurs de la Charité pour le bien des pauvres,
et connaissant leur fidélité et droiture de coeur, les dispense de rendre
de compte des "petits profits".
Par ailleurs, l'hôpital fait
fructifier son capital en consentant des prêts aux particuliers. Dans
ce cas, l'acte est signé devant notaire et il fixe les termes ainsi
que le montant des traites à payer au taux classique de 5%.
Philippe
DELORME
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