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Anciennement : Grand'rue
Au temps des
quartiers d'hiver de la cavalerie royale
Un impôt parmi les autres:
le logement des "gens de guerre".
Sous l'Ancien Régime, les populations
des villes et des villages sont soumises au logement des "Gens de guerre".
Pour le roi c'est un excellent moyen de faire des économies sur l'entretien
des troupes en garnison. Les habitants doivent accueillir et loger les
hommes d'une ou deux compagnies pendant l'hiver, saison pendant laquelle
en principe il n'y a pas d'opérations militaires de grande envergure.
Pays de pâturages et d'herbages,
la Champagne humide se prête fort bien à l'hébergement des unités de
cavalerie, d'autant plus qu'une importante partie des terres labourables
y est consacrée à l'avoine, et que le Perthois est réputé jusqu'à Paris
pour l'abondance de ses récoltes. Comme bien d'autres localités des
environs bien équipées en écuries et abondamment pourvues en fourrages,
Eclaron se voit donc imposer le séjour de 50 à 60 cavaliers, soit l'effectif
de deux compagnies.
La municipalité procède à la
répartition.
C'est à la municipalité qu'incombe
la charge de placer les hommes chez l'habitant. Elle écarte d'office
les familles trop pauvres ou trop à l'étroit, elle en fait autant pour
les familles dont les hommes sont "au service du Roi". En accord avec
le Prévôt, elle dresse la liste des foyers qui devront loger un ou deux
cavaliers avec leurs chevaux et elle leur fait remettre un billet de
logement. Celui-ci par exemple est adressé à un chirurgien de la "Grandrue"
(sans doute au numéro 25) :
"Le sieur
Jean Petit logera un Gendarme Dauphin suivant l'intention du
Roy, et aura pour aide à fournir le lit garny et tous les ustenciles
nécessaires et convenables.
A Eclaron,
vingt deux avril 1740.
Lemineur,
eschevin. J. Bourlon, eschevin. Pissot, Sindic".
Trouvant injuste que le poids
du logement de ces militaires échappe aux familles qui n'ont pas de
chambre disponible, de nombreux habitants protestent auprès des autorités.
Et l'Intendance de Châlons-sur-Marne répond à leurs représentations
en remplaçant dans ce cas le logement par une somme à payer.
La grande Ecurie.
Construite au XVI° siècle par
les Ducs de Guise au temps de leur grandeur pour leurs montures de chasse
et de combat, les Ecuries perdent leur utilité au XVII° siècle. Le Duc
d'Orléans, héritier des Guises, ne vient jamais chasser dans le Der
ou dans le Val, et il ne tient pas à conserver un édifice qui ne présente
plus aucun intérêt pour lui. Un accord donc est passé en 1732 avec la
municipalité d'Eclaron: la grande Ecurie servira à abriter dans un lieu
central tous les chevaux des compagnies en quartiers d'hiver (actuellement
numéro 10). Le Duc d'Orléans autorise les Eclaronnais à utiliser les
pierres de l'ancien château, il leur accorda également 42 chênes pour
les réparations urgentes, à condition d'en justifier l'utilisation.
A proximité immédiate, s'installe un cloutier civil avec son atelier
et sa forge (actuellement numéro 12).
Vous avez dit: "Gendarme"?
Eclaron reçoit donc assez souvent
des compagnies de la "Gendarmerie". Sous, l'Ancien Régime, la Gendarmerie
de France - qu'il ne faut pas confondre avec notre gendarmerie moderne,
issue de la Maréchaussée - formait le premier corps de cavalerie du
royaume, juste après la prestigieuse "Maison du Roi". Inutile de dire
que ces cavaliers qui avaient tous rang et solde d'officier, devaient
provoquer un intérêt certain de la part du public féminin du bourg d'Eclaron....
Femme en colère.
En avril 1735, alors que des
cavaliers du régiment "Commissaire général" sont en train de vaquer
à leurs occupations entre la place et ce qu'on appelait maintenant les
"Ecuries de Ville": ils préparent leur départ en campagne. Soudain ils
entendent des cris stridents qui proviennent de l'école des filles tenue
par les "Dames Régentes" et installée au coin de la place et de la rue
(numéro 2). Aussitôt avec quelques voisins, ils se précipitent, entrent
dans l'école et aperçoivent une femme en train de maltraiter brutalement
une des institutrices. Ils parviennent à séparer les deux femmes et
à expulser la responsable du tumulte.
Il s'agit de la femme d'un laboureur:
"en humeur et envie de colère", elle a demandé à voir la sœur Pissot.
Cette dernière est occupée à soigner sa collègue malade, gisant au lit.
Cela ne calme aucunement la mère de famille. Toujours dans la plus vive
irritation, elle apostrophe la sœur Pissot et lui demande "pourquoi
elle avait été assez hardie d'avoir corrigé sa petite fille". A quoi
la sœur lui répondit "quelle l'avait bien mérité".
Coureuse de gendarme !
Cette répartie fait sortir la
mère de famille de ses gonds, et aussitôt elle envoie une bordée d'injures
à la Dame Régente : "Vilaine, putain, coureuse de gendarme, voleresse,
"rien-qui?vaille", et elle menace de la faire assommer par son mari,
disant : "Si tu veux fouetter des enfants, tu n'as qu'à en faire et,
quand tu en auras fait, tu seras maître de les fouetter"(*). Elle se
jette sur l'institutrice et la soufflette. C'est à ce moment que les
voisins et les militaires interviennent. C'est grâce à un rapport dressé
aussitôt après auprès de la Prévôté et également par devant notaire
que nous connaissons le détail de cet incident et le genre de "douceurs"
que les dames pouvaient s'échanger à cette époque.
(*) - 20 avril 1735, Registre
de causes fiscales de la Prévôté d'Eclaron Archives départementales
de la Haute-Marne, cité par H. de Baillon.
Philippe
DELORME
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