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1 - Avant la
révolution industrielle: "Rue d'Humbécourt".
L'actuelle rue de la Poste
(ancienne "Petite Rue" ou "Rue des Sabotiers") se prolonge à l'est par
la rue d'Humbécourt: le côté nord. bien pourvu de constructions et de
fermes contraste avec le côté sud, beaucoup moins habité.
Convois de vin.
On y remarque une bâtiment
ancien dont le toit vient d'être refait et qui s'appelle la "Maison
du Vigneron": on faisait du vin autrefois à Eclaron ; mais si l'on voulait
quelque chose d'un peu meilleur on allait s'approvisionner à La Neuville-au-Pont
ou à Ambrières : ceux qui voulaient encore mieux et en avaient les moyens
partaient par la rue d'Humbécourt, allaient avec un char jusqu'à Bar-sur-Aube
et en rapportaient du vin d'une qualité nettement supérieure.
Avant de sortir du bourg,
on passait sur un pont au dessus du Fossé de Ville. au niveau du chemin
pédestre qui va maintenant aux tennis ; ce pont était régulièrement
entretenu ou réfectionné au frais de la Communauté des Habitants (alors
que celui qui était plus loin sur le Rupt l'était aux frais du Roi);
il marquait la fin du bourg.
Les réfugiés d'Humbécourt.
Le "Fossé de Ville" avait
été creusé sans doute vers la fin de la guerre de Cent Ans et constituait
encore au XVI° et au XVII° siècle une protection élémentaire, d'autant
plus qu'il y avait souvent parmi les Eclaronnais quelques officiers
s'avaient manier l'épée et pouvaient organiser une certaine défense;
c'est ainsi qu'à l'époque de Louis XIII certains habitants d'Humbécourt
vinrent par la route chercher refuge à Eclaron pour échapper aux réquisitions
d'un régiment de cavalerie qui était stationné chez eux.
Le Grand Chemin Royal.
Après le pont, se développait
le Grand Chemin Royal : on avait sur la droite (au sud) les fiefs du
Montarlot et du Riberpré: on bifurquait à gauche pour gagner Saint-Dizier
par le Chemin de la Grange-Robert ou bien on continuait tout droit pour
aller sur Wassy. Sur la gauche (au nord) s'étalaient en montant légèrement
vers la forêt du Val et le Bois Bailly les terres labourables de la
"Saison vers Humbécourt".
La saison vers Humbécourt.
Le terroir d'Eclaron,
comme celui de tous les villages voisins, était divisé en trois parties
qu'on appelait ici "Saisons"; on y cultivait du blé froment la première
année, de l'orge ou de l'avoine la deuxième; la "saison" était laissée
en jachère la troisième année mais recevait sans doute le troupeau communal.
Pour aller tirer au sort.
Avant la Révolution, c'est
par cette route que partaient à Joinville les jeunes gens du pays qui
devaient aller tirer au sort la Milice: en 1688, Louis XIV, trouvant
que les troupes professionnelles de ses armées n'étaient pas assez nombreuses,
imposa à chaque "paroisse" de fournir des hommes pour le service militaire.
Sur ordre de l'Intendance de Châlons-sur-Marne, la Municipalité d'Eclaron
devait dresser la liste de tous les hommes célibataires de 18 à 40 ans
et des hommes mariés de moins de 30 ans, rassembler ceux qui étaient
"aptes" et les conduire à Joinville ou à Wassy (et non pas à Saint-Dizier)
pour le tirage au sort; beaucoup plus que la Corvée, le Service de la
Milice était détesté par les populations; certains petits malins recherchaient
donc en priorité les places de domestique chez le Curé du pays ou dans
une famille noble, ce qui dispensait du tirage au sort; d'autres encore
préféraient s'enfuir quelque temps auparavant; mais gare à eux quand
ils revenaient au village, l'air de rien: les gars les attendaient et
leur faisaient passer un mauvais quart d'heure !
2 - Sous la Révolution
Industrielle: "Rue de la Gare".
Avec la Révolution et l'Empire,
Eclaron perd pas mal de son rôle administratif ; heureusement, l'industrie
contribue à rétablir les choses: c'est d'abord le Haut-Fourneau en 1830.
puis une "Ocrerie", et en 1868 la sucrerie et le chemin de fer, en attendant
beaucoup plus tard la M.A.A.M.F.
Le chemin de fer.
On en parle depuis 1842,
date à laquelle la Municipalité répond à une enquête du Gouvernement
au sujet du tracé de la ligne Paris-Strasbourg: les Conseillers font
une réponse très positive, disant que le passage par Eclaron serait
le bienvenu et que, dans ce cas, le bourg accorderait une participation
substantielle. Si les entreprises de roulage de Saint-Dizier n'étaient
pas intervenues pour obtenir un tracé plus au nord par Revigny et Bar-le-Duc,
Eclaron aurait pu avoir sa gare dès 1850. C'est donc seulement en 1868
que le train arrive: dès lors la route d'Humbécourt devient-elle le
lieu de passage des piétons et des voitures à cheval qui vont et viennent
de la gare. La même année, le trafic se voit singulièrement augmenté
en automne par le passage des tombereaux de betteraves vers la toute
nouvelle sucrerie. Quand à la fin du siècle le déplacement individuel
est révolutionné par l'invention du "vélocipède", le Conseil Municipal
fait aménager une large piste cyclable entre la route et les nouvelles
maisons qui se construisent sur le côté nord; en 1885 il fait planter
des arbres: cela donnera de l'ombre aux voyageurs; pour prévenir les
excès de vitesse, il fait également apposer en 1904 des panneaux portant
l'inscription suivante:
- Vitesse maximum
- Automobiles
- Cyclistes
et Cavaliers
- 12 Kilomètres
Le Pont-Canal.
Voulu et réalisé par la
"Société des Forges de Champagne" en 1880-84, le Canal de Wassy apporte
depuis Pont-Varin aux hauts-fourneaux de Marnaval les énormes quantités
de minerai de fer dont ils ont besoin; la route de la Gare doit donc
franchir cet obstacle par un pont qui bascule pour laisser le passage
aux péniches lentement halées par des chevaux.
Des "Bleus" et des
"Poilus".
Pendant la Guerre de 14-18,
la rue de la Gare connaît une animation encore plus importante avec
l'installation à Eclaron du centre d'instruction de l'armée de l'Argonne
chargé de former les conscrits; de temps en temps on voit arriver des
hommes durement éprouvés par les combats au front ou à Verdun. Une fois
reposés et remis en état, ils sont considérés comme "troupes fraîches",
dirigés sur la gare régulatrice de Saint-Dizier et renvoyés dans les
tranchées. Un petit chemin de fer à voie étroite conduit jusqu'au canal
les bois tirés du Der pour les Armées Alliées.
Camions et Poids lourds.
La diminution du trafic
voyageurs puis marchandises amena récemment la fermeture de la gare
mais la "route de la Gare" est peut-être encore plus active
avec le passage continuel des camions vers la zone industrielle, sans
oublier les sportifs et les spectateurs des terrains de football et
de tennis.
Philippe
DELORME
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