- Anciens noms:
- Chemin du moulin Pelletier
- Chemin de l'usine
La Rue du Fourneau relie le quartier
de la gare à l'ancienne usine Briffotteaux. Elle a sans doute porté un
moment le nom de " Chemin du moulin Pelletier " avant de prendre en 1830
celui de " Chemin de l'usine " et par la suite " Rue du Fourneau ". C'est
en 1830 qu'est mis à feu le haut-fourneau qui a donné son nom à ce chemin.
Mais ce haut-fourneau a été précédé par un autre établissement métallurgique
plusieurs siècles auparavant.
Déjà au XV° siècle.
A la fin du XV° siècle en effet,
il existe déjà un haut-fourneau à Eclaron. Le propriétaire en est alors
la Famille de Lorraine (vers 1450 Jean de Vergy, seigneur de Saint-Dizier
lui avait vendu de nombreux domaines dans la région afin de restaurer
sa trésorerie). La toponymie a longtemps gardé le souvenir de cet établissement
au lieudit "La vieille forge", le long d'un petit cours d'eau à la limite
de la plaine et de la forêt du Der, pas loin de la "Tuilerie". Dans
les environs, on ne connaît à cette époque d'autres hauts-fourneaux
qu'à Roches-sur-Marne, à Chancenay et à Villiers-aux-Bois. Très moderne
et très puissant pour son temps, disposant certainement de soufflets
actionnés par une roue à aubes, ce haut-fourneau a sans doute été détruit
lors des pillages et des destructions de la longue période d'insécurité
qui s'étend des Guerres de Religion à la guerre de Trente Ans (1562-1648).
1815: un moulin de plus à Eclaron.
En 1811, le notaire Pelletier,
père du Général (dont le nom a été donné à la place d'Eclaron), fait
construire une pilerie d'écorce sur une dérivation de la Blaise appelée
canal de la rivière d'Allichamps *. Afin d'obtenir l'autorisation de
l'Administration il explique que cette construction est destinée à occuper
une partie de sa nombreuse famille. Le notaire s'y connaît bien d'ailleurs
en fait de moulin et de meunerie car il a épousé la fille du meunier
d'Eclaron, un certain Charles Guérin.
En 1815, Claude-Laurent Pelletier
(un des fils du notaire) décide d'agrandir l'établissement et il demande
le droit d'ajouter un moulin à grains. Cela ne fait pas du tout l'affaire
de son cousin Barnabé Guérin récent propriétaire du moulin d'Eclaron.
Celui-ci manifeste aussitôt son opposition au projet.
La Municipalité d'Eclaron :
vive la concurrence !
Mais Claude-Laurent Pelletier
s'appuie habilement sur l'avis favorable du Maire et du Conseil Municipal
d'Eclaron: ceux-ci voient d'un bon oeil la possibilité pour les habitants
de faire jouer la concurrence entre deux moulins, l'ancien et le nouveau.
Malgré les protestations renouvelées de Guérin, le Maire confirme la
position de la Municipalité en disant que les deux moulins suffiront
à peine à nourrir la population et à subvenir aux lourdes réquisitions
des troupes ennemies d'occupation. Pelletier obtient ses autorisations
officielles en 1816: les Eclaronnais auront donc deux moulins à leur
disposition.
Au cours de l'année 1816, Pelletier
fils se fournit donc en bois auprès d'un marchand de Villiers-en-Lieu
pour la somme de 1.200 francs, et il fait construire son moulin à grains
avec un empellement et des vannes. Mais l'établissement ne semble pas
marcher de façon très satisfaisante et il est finalement vendu à la
fin des années 1820 à la famille d'Orléans.
1814 : le retour des Orléans.
Cette date de 1814 représente
pour cette famille princière une sorte de retour aux origines. Le père
du Duc Louis-Philippe d'Orléans, partisan déterminé de la liberté et
de la Révolution. avait pris le nom de "Philippe-Egalité". Mais cela
ne l'avait pas empêché d'être exécuté en 1794. Toutes ses propriétés
avaient été aussitôt confisquées: les hauts-fourneaux d'Allichamps,
de Charmes-en-l'Angle et de Charmes-la-Grande avaient été vendus, quant
aux bois du Der et du Val, ils avaient versés aux Bois Nationaux.
En 1814, lors du rétablissement
de la monarchie, les enfants de Philippe-Egalité sont remis en possession
de leurs biens. Ils ne retrouvent pas les forges (elles appartiennent
maintenant à des particuliers), mais ils rentrent en possession des
forêts et des mines de fer qui s'y trouvent, ce qui est finalement bien
plus intéressant. En un temps où la demande en fontes et en fers est
considérable, le charbon de bois et le minerai de fer des forêts du
Val et du Der se vendent fort bien. L'idée se fait alors chez les administrateurs
de la Famille d'Orléans d'utiliser directement sur place ces richesses.
C'est ainsi qu'ils décident en 1828 de construire un haut-fourneau à
Eclaron. Depuis le Palais Royal, le chevalier de Broval, "Secrétaire
aux commandements" de la Famille d'Orléans, adresse immédiatement une
demande au Préfet de la Haute-Marne en juin 1828.
La voie française de la révolution
industrielle.
Pour actionner la soufflerie
de ce haut-fourneau, on va utiliser la retenue d'eau du moulin Pelletier.
Pas besoin d'installer une machine à vapeur. Pas besoin non plus de
recourir au "charbon de terre" comme en Angleterre, le charbon de bois
est à disposition, juste à côté, soigneusement préparé par des familles
de charbonniers qui vivent dans la forêt. Il reste très coûteux, mais
il est d'une pureté parfaite et permet d'obtenir de la "fonte au bois"
qui fait toujours prime sur le marché parisien. Imiter servilement le
modèle anglais n'aurait aucun sens dans un pays comme la Haute-Marne
où l'énergie hydraulique et la forêt sont si abondantes. D'importants
travaux de dérivation d'eau sont entrepris dès le mois d'Août 1829.
La "rivière d'Allichamps" a révélé ses insuffisances: on va creuser
un bief de 280 mètres pour la brancher sur la Blaise. Comme presque
toujours, on commence les terrassements et constructions sans avoir
les autorisations nécessaires qui traînent en longueur sur les bureaux
des différentes administrations !
Le bocard du Prince.
Le minerai de fer sera extrait
des forêts voisines, celles de Marnesse et de la Belle Faÿsse. Il sera
acheminé par tombereaux jusqu'à une installation située un peu en amont
du fourneau et destinée à concasser et à laver les cailloux de minerai:
c'est le "bocard du Prince" installé au débouché du bief nouvellement
creusé. De là, la "mine" sera acheminée jusque devant le haut-fourneau.
Des ponts sont construits pour franchir les cours d'eau tandis que les
chemins sont aménagés et consolidés. L'usine assurera par elle-même
ses transports et ne fera pas appel à des voituriers particuliers. Elle
est donc équipée d'importantes écuries et de remises à tombereaux.
"Gueuses" à vendre.
Le haut-fourneau ne sera pas
doublé d'une forge pour obtenir des "fers marchands". On se contentera
de produire de la fonte: les forges du voisinage comme celles de Saint-Dizier
(le Clos-Mortier, Marnaval, Louvemont par exemple) seront trop heureuses
de pouvoir en acheter pour alimenter leurs ateliers et répondre aux
commandes qui proviennent de toute la moitié nord de la France. Le "chemin
du Fourneau" verra ainsi passer les lourds convois chargés de "gueuses"
de fonte qui vont rejoindre Saint-Dizier, sans doute par le chemin de
la Grange Robert. Ces fontes brutes pourront aussi être déposées sur
les ports de Valcourt ou Moëslains afin d'être embarquées sur les bateaux
ou les brelles à destination des usines de Paris.
Une inauguration manquée (juillet
1830)*.
Les travaux sont menés bon train,
et une inauguration solennelle est organisée pour la fin du mois de
juillet 1830. On annonce la venue en personne du Duc d'Orléans, (Louis-Philippe)
et de sa sœur, Madame Adélaïde. Cette princesse est une femme de tête
qui s'intéresse de près aussi bien à la gestion des biens de la famille
qu'aux affaires politiques. Comme son frère, elle tient à se rendre
sur place et à tout voir par elle-même. La population d'Eclaron a gardé
bon souvenir de cette famille à l'époque où elle était seigneur d'Eclaron,
et elle s'apprête à recevoir chaleureusement ces hautes personnalités
dont elle apprécie les idées libérales. Le maire, Louis Huet, et la
municipalité se livrent à de nombreux préparatifs, et font édifier un
arc de. triomphe "afin de recevoir dignement l'Auguste Famille qui a
toujours comblé de ses bienfaits la commune d'Eclaron".
Mais les évènements politiques
de l'été 1830 retiennent le Duc et sa sœur à Paris: la Révolution de
juillet donne bientôt à Louis-Philippe l'occasion de monter sur le trône.
Pendant ce temps le maire, le Conseil municipal et la population d'Eclaron
restent, avec leurs discours et leurs préparatifs sur les bras (Cet
épisode a été évoqué et mis en scène dans le spectacle théâtral Son
et Lumière de l'école d'Eclaron du 22 juin 1990). Une consolation s'offre
tout de même au Maire, à la Municipalité et aux Eclaronnais: celle de
pouvoir enfin ressortir les drapeaux tricolores qu'ils avaient dû cacher
depuis le retour des rois.
Chômage d'été.
Comme tous les autres établissements
métallurgiques de la région, la marche du haut-fourneau ne s'étend guère
que sur neuf mois: on coule la fonte de la fin septembre à la fin juin
au moment où la Blaise a toute sa force, et on "chôme" pendant l'été
quand l'eau baisse. La Blaise ne peut plus entraîner de façon satisfaisante
les lourdes roues à aubes qui actionnent les immenses soufflets.
Mais surtout le régisseur ne
peut plus compter sur toute sa main d'oeuvre à ce moment-là de l'année.
On ne trouve plus personne pour acheminer le minerai de fer et le charbon
de bois ni pour faire fonctionner le haut-fourneau. Tout le monde s'envole
et se mobilise pour récolter les foins (fin juin), puis l'avoine, l'orge
et le blé (juillet-août). La fenaison puis la moisson deviennent la
priorité absolue pendant trois mois.
Lorsque les récoltes sont rentrées
et les greniers remplis, le haut-fourneau peut enfin reprendre son activité.
Alors les fondeurs regagnent leurs ateliers, l'eau remonte dans la rivière,
les roues à aubes se remettent en mouvement. Les "voituriers par terre"
sont à nouveau disponibles et daignent enfin abaisser leurs prix et
les "voituriers par eau" de Valcourt, Moëslains et Hoéricourt peuvent
charger les fontes et les fers sur les embarcations.
Surprise. surprise?
Par une lettre du 1 Avril 1833,
M. Danelle et Gény, maître de forges au Buisson (Louvemont) et à Montreuil-sur-Blaise
sont informés que leur commande de fontes est prête. Ils font donc envoyer
au fourneau d'Eclaron une voiture pour en prendre livraison. Mais les
voituriers trouvent sur place Mr de Hédouville, Receveur de la Famille
d'Orléans. Il leur dit que les fontes en question ne sont malheureusement
pas disponibles: sur ordre, une saisie vient d'être prononcée sur les
productions de l'ancien gérant du fourneau. Les voituriers repartent
sans rien, sans doute par le chemin qui longe la forêt du Der et par
Allichamps. Aussitôt prévenu, M. Danelle envoie immédiatement une lettre
quelque peu irritée au nouveau gérant: "Si
c'est un poisson d'avril, il nous amuse d'autant moins que nous n'aimons
pas à perdre le temps de nos chevaux et domestiques; si c'est réellement
une saisie, veuillez avoir l'obligeance de nous marquer si nous pourrons
compter sur notre marché de fonte ou si nous serons dans l'obligation
de nous en procurer ailleurs, dans l'attente de votre réponse, agréez,
Messieurs, nos sincères salutations, Danelle et Geny".
Protestations à Allichamp.
Le nouveau haut-fourneau est
à peine en état de marche que les voisins du village d'Allichamps se
mettent à protester, disant que les travaux qui ont été faits pour aménager
le bief d'alimentation en eau provoquent des inondations dans les prairies
situées sur leur finage. L'argumentation ne paraît pas bien solide et
ne débouche sur rien. D'ailleurs, une centaine d'années auparavant,
les protestations allaient dans l'autre sens: c'était alors le haut-fourneau
d'Allichamps qui suscitait les protestations des villages des alentours.
L'âge d'or les années 1840
et 1850: des fontes pour le Midi et pour Paris.
Après un démartage cahotique,
le haut-fourneau trouve son équilibre quand il est repris à bail par
les maîtres de forges du Clos Mortier (St-Dizier), Rozet et de Ménisson.
Ils se font une spécialité d'écouler des fontes au bois de première
qualité chez des fondeurs de la région. Un de leurs clients le plus
difficile est le Val d'Osne, dont la renommée des fontes d'art et d'ornement
est en train de s'établir. Avec patience et persévérance, Rozet et de
Ménisson obtiennent du régisseur du fourneau d'Eclaron (qui habite l'actuelle
maison Briffotteaux) que la qualité des fontes d'Eclaron rejoigne celles
du Clos Mortier.
Quand le transport n'est pas
trop cher, Rozet et de Ménisson écoulent ces fontes dans les très modernes
forges à lAnglaise de la région de St-Chamond où elles viennent heureusement
améliorer les fontes au coke qui y sont produites. Plus intéressant
encore est le marché parisien: grâce à leurs talents de négociants,
Rozet et de Ménisson parviennent à imposer les fontes de leurs hauts-fourneaux
du Clos Mortier et d'Eclaron auprès des principaux industriels et constructeurs
de machines à vapeur qui s'établissent depuis les années 1830 dans la
plaine St-Denis (là où se tenait autrefois la Foire du Lendit, et où
se construit en 1997 le grand stade de France) et au nord-est de Paris
dans le quartier de La Villette au débouché du canal de la Marne-au-Rhin.
Voituriers pour Valcourt, St-Dizier
et Vitry-le-François.
Des convois attelés de plusieurs
chevaux partent régulièrement du fourneau d'Eclaron à destination de
St-Dizier et des clients de Haute-Marne, de Meuse, ou de ce qu'on appelle
à l'époque "Le Midi", c'est-à-dire la région de St-Etienne, de St-Chamond
et de Lyon. D'autres voituriers prennent la route de Valcourt (celle
qu'on appelle le chemin de la Grange-Robert). De plus en plus de convois
vont directement à Vitry-le?François,quand le chemin de fer qui vient
de Paris y arrive enfin. Ils ne prennent certainement pas la route de
Ste-Livière puis de Larzicourt qui est beaucoup trop humide et fragile.
Ils passent par Ambrières, descendent sur Perthes, et rejoignent l'actuelle
nationale 4. Ils déposent les fontes à la gare de Vitry-le-François.
Celles-ci sont chargées sur des wagons et livrées à la gare du chemin
de fer de Strasbourg (c'est-à-dire l'actuelle gare de lEst). Pour s'adapter
à cette réorientation du trafic, la maison de commission Lacombe installée
à St-Dizier établit un entrepôt à Vitry-le-François.
Chaque année les municipalités
s'adressent aux maîtres de forges qui empruntent et défoncent les chemins
communaux pour leurs transports industriels. Ils leur demandent une
participation financière pour réparer et remettre en état les chemins
défoncés par le passage de leurs lourds convois. La plupart du temps,
les choses se passent à l'amiable. Parfois on a recours à un arbitre.
Le bocard du Prince: de la
mine poul tout le monde!
Commerçants et hommes d'affaires
dans l'âme, Rozet et de Ménisson profitent de la location du "Bocard
du Prince" pour joindre la production de minerai de fer concassé et
lavé à celle de leur bocard du Clos-Mortier. La encore ils offrent du
minerai de fer à tous les hauts-fourneaux de la contrée.
Partout on en réclame. C'est
vrai que la demande de fonte et de fer en France est en pleine hausse.
Les minières des forêts du Der, de Marnesse, de Wassy et du Val tournent
à fond, le travail ne manque pas. Pour les cultivateurs des villages
environnants, ces différents transports de minerai, de bois, de charbon
de bois, de fonte et de fers représentent un travail tout à fait intéressant,
avec des rentrées d'argent immédiates et fréquentes. Ils ne se préoccupent
guère des nouveautés de la Révolution Agricole au désespoir des "esprits
éclairés" qui voudraient que l'agriculture suive enfin le modèle anglais.
Protestations contre les eaux
boueuses.
Mais ce débordement d'activité
provoque les premières "pollutions": de. partout affluent,sur le bùreau
du Sous-Préfet de Wassy des protestations contre les eaux boueuses restituées
par les bocards qui pilonnent et lavent le minerai de fer. La: population
d'Eclaron ne manque pas de faire la sienne. Elle n'est pas dirigée contre
le bocard du Prince (celui d'Eclaron) qui ne fonctionne plus depuis
des grands débordements de l'hiver 1848 et qui na pas été réparé par
la Famille d'Orléans, mais contre les bocards situés plus en amont dans
la vallée de la Blaise. Celui de Wassy, le bocard des "Petit champs"
est particulièrement visé par les séances du Conseil Municipal d'Eclaron
des 9 juin 1853, 26 février 1854 et 5 mai 1855.
Confisqué! (1831).
Arrivé avec la Révolution de
1830, le Roi Louis-Philippe est chassé par celle de 1848. En conséquence
la propriété de certains de ses biens se trouve remise en question par
un jugement du Tribunal de Paris en 1851. Par un décret de 1852, le
haut-fourneau d'Eclaron est confisqué et fait retour au domaine de l'Etat.
En octobre 1854, il est mis en vente aux enchères publiques. La séance
a lieu devant les maîtres de forges voisins.
Adjugé (1854).
Chacun pense sans doute que
le locataire du moment, jules Rozel, du Clos-Mortier, va emporter l'adjudication.
Mais sa mise est couverte par celles de ses confrères de Louvemont,
de Marnaval. Finalement, c'est Jules Guyard, un important marchand de
bois de St-Dizier, devenu maître de forges à la Forge Neuve qui l'emporte.
il paye ses 62.500 francs en une seule fois au mois de novembre. Pour
ce nouveau propriétaire, l'opération est intéressante car elle va lui
permettre d'approvisionner en fonte de qualité ses installations de
la Forge Neuve où l'on fabrique du fer qui passe aux laminoirs.
Charettes de blé (1852).
A partir de 1852 le chemin du
fourneau voit passer des clients insolites: ce ne sont pas des chars
lourdement chargés de charbon de bois, de minerai de fer ou de fonte,
mais de grands chariots agricoles debordant de gerbes de céréales et
repartant avec leur cagaison de grains de blé ou de paille.
En effet, une demande a été
adressée au régisseur du fourneau par les cultivateurs d'Eclaron, d'Humbécourt
et d'Allichamps pour établir une batterie à grains. Il fait les démarches
nécessaires auprès de la Préfecture. L'autorisation d'établir cette
machine sur la rive gauche de la Blaise vient d'être accordée. C'est
une révolution dans l'opération du battage des blés qui était jusqu'alors
un travail particulièrement long et pénible quand elle se faisait au
fléau.
Au coke...? (1867).
Du côté du haut-fourneau, on
commence à s'inquéter, car les produits métallurgiques anglais commencent
à envahir librement le marché français depuis les traités de commerce
de 1860. Pour réduire les coûts de production, on essaye en 1865 de
mélanger du coke au charbon de bois comme dans les autres hauts-fourneaux
du pays. Mais cela ne suffit pas. Il faut bien se rendre à l'évidence:
la grande époque de la fonte au bois dont la qualité a fait prime en
France est bien terminée.
Lits en fer, mobilier de jardin
(1867).
Aussi, dès 1867, Jules Guyard
abandonne l'exploitation du haut-fourneau d'Eclaron. Il donne ce dernier
en location à la maison "Joubert, Guillomot & Cie" de St-Dizier qui
va l'utiliser pour couler les pièces de fonderies nécessaires à la fabrication
de lits en fer, d'entourages de.tombes et de mobilier de jardin. La
construction de la ligne de chemin de fer de St-Dizier à Wassy et de
la gare d'Eclaron arrive à point nommé pour donner un intérêt supplémentaire
à cette usine.
Avatars (1872-1893).
Malheureusement, cette entreprise
ne va pas rester longtemps. A partir de 1872, les locataires se succèdent
rapidement et connaissent tous la faillite, en particulier "Ch. Dufays
& H. Breuil". L'espoir renaît un moment quand Auguste Blanchet, le propre
beau-frère du très dynamique Emile Giros (de Marnaval) établit une aciérie
fine en 1890. Mais l'expérience se solde une fois de plus par un échec.
Finalement, le propriétaire, Pierre Guyard, (fils du précédent) se résout
à vendre les installations restantes à un fabricant de meubles St-Dizier
en 1893. L'orientation définitive sera donnée peu avant 1900 avec l'installation
d'une fabrique de roues en bois, de voitures et de brouettes d'abord,
sous le nom de Chaudiron puis de Briffoteaux.
C'est le Fourneau qui sonne
!
C'en est donc fini de l'histoire
métallurgique du Fourneau d'Eclaron: elle n'aura duré que 63 ans. Mais
longtemps après, les habitants du quartier de la gare continueront de
dire en entendant retentir la cloche qui donne le signal du travail
ou de la fin de la journée:
"C'est le fourneau
qui sonne !"
*D'après H. de Baillon, "Les Seigneurs
d'Eclaron".
Eclaron, décembre 1997.
Philippe
DELORME
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