180° Anniversaire
du passage de Napoléon 1° et de l'Armée Française dans la
région de Saint-Dizier et d'Eclaron. A l'occasion du 180*
anniversaire de la "Campagne de France".
"L'Association
pour la Conservation des Monuments Napoléoniens" organisait le 26 mars
dernier un Circuit souvenir dans le Nord de la Haute-Marne à l'initiative
et sous la direction de Maître P.G. Jacquot (qui a réalisé un ouvrage
sur "La Campagne de Russie et les Haut-Marnais, 1812").
A Eclaron, le groupe
de visiteurs s'est arrêté au cimetière, puis sur la place devant quelques
maisons, et également à l'église afin d'évoquer le passage de Napoléon
en janvier 1814.
1 - L'ancienne Mairie (édifiée
en 1771. détruite accidentellement en 1918) et la Halle.
Le 26 janvier 1813, un détachement
de Hussards prussiens pénètre dans Eclaron; il est accueilli à coups
de fusil, sans doute tirés par le frère du général Pelletier, lieutenant
de la Garde Nationale d'Eclaron. Les Prussiens s'en prennent à un jeune
homme du nom de Lacomble, ils l'attachent à un poteau de la halle et
s'en servent comme otage; ils sont rendus d'autant plus furieux en constatant
que le pont de la Blaise est infranchissable; ils s'imaginent aussitôt
qu'il a été volontairement détruit par la population; ils menacent de
mettre le feu au village si le pont n'est pas rétabli immédiatement.
Le général en retraite Labbé de Vouillers intervient, mais rien ne semble
pouvoir sauver le jeune Lacomble de l'exécution; il sera heureusement
sauvé par l'arrivée soudaine des troupes françaises.
La mairie servira les jours
suivants à recueillir de nombreux blessés Français; ils seront soignés
par le chirurgien du bourg. Louis Morot qui avait fait la Campagne d'Egypte
et que Napoléon récompensa en lui accordant la Croix de la Légion d'Honneur.
2 - L'église d'ECLARON.
C'est dans cet état que Napoléon
la découvre; il marque aussitôt sa surprise car la carte d'Etat-Majar
dite de Cassini indique qu'il y a bien un clocher: on lui explique que
celui-ci s'est effondré à la suite d'un très violent orage en 1811.
Le clergé de la paroisse et
les enfants de chœur sont postés devant la petite porte latérale donnant
sur la place pour accueillir l'Empereur. (A l'époque cette ouverture
est avec celle du sud le seul moyen d'accès; la grande porte du fond
ne sera réouverte que vers 1840).
A l'intérieur, plusieurs inscriptions
rappellent la promesse faite par Napoléon de reconstruire le clocher.
3 - La maison Nivard-Pellier.
L'actuelle Mairie est en 1814
propriété de Louis-Claude Nivard maire d'Eclaron.
Devant la menace d'invasion,
il fait envoyer les femmes, les enfants et les vieillards dans les forêts
voisines pour les mettre à l'abri; il convoque et met sur pied la Garde
Nationale d'Eclaron pour assurer la défense et la sécurité du pays.
Le 25 janvier, il est prévenu par son frère, en observation sur le clocher
que deux Cosaques pénètrent au galop dans le bourg par la route d'Humbécourt:
ce doivent être des courriers portant des dépêches; il faut les capturer
On réussit à effrayer les chevaux et on force les deux cavaliers à rentrer
dans la cour de la maison; les grilles sont refermées à toute hâte;
le Maire met son écharpe tricolore et exige que les dépêches lui soient
remises. Déception! Elles sont rédigées en Russe.
Le 28. alerté de l'arrivée des
Français, le Maire monte dans le grenier de sa maison et peut apercevoir
malgré le temps brumeux, des troupes qui descendent en un long cortège
du Bois-Bailly; il emprunte à un voisin, François Clément (qui habitait
l'actuelle boulangerie "Mougin"), une lunette d'approche et reconnaît
les uniformes français. La tête de l'armée touche à l'entrée de la commune.
Il a tout juste le temps de
se préparer et de se présenter à l'Empereur qui le reconnaît à son écharpe.
Il lui remet les dépêches prises sur les Cosaques, Napoléon les fait
traduire aussitôt. Apercevant la lunette d'approche, il demande si son
propriétaire veut bien la lui céder, la sienne étant abîmée; François
Clément se fait un honneur de lui offrir.
Le Maire offre à boire et à
manger à tout un groupe de militaires; quant à Napoléon. Il se fait
préparer une collation par son fidèle mameluk, Roustan, et demande un
verre de Tokay que le Maire fait aller chercher dans la cave d'un voisin.
Touché par l'accueil des autorités
et de la population, Napoléon promet de payer sur son compte personnel
non seulement la réparation du clocher, mais encore la construction
d'un pont en pierre.
4 - La maison Pelletier.(actuellement
magasin "Vival").
En attendant que ses troupes
franchissent le pont provisoire sur la Blaise. Napoléon est informé
que des familles d'Eclaron ont donné des généraux aux armées de la République
et de l'Empire:
- Le Général Delalain; mais il
est à l'article de la mort et décède le lendemain.
- Le Général Deponthon; il est
encore en Allemagne où il défend la place-forte de Hambourg.
- Le général Pelletier; il est
prisonnier des Russes depuis 1812. Napoléon émet le souhait de rencontrer
au moins son père, le notaire, qui habite une maison sur la place. Mais
il semble que ce dernier prenne prétexte d'une indisposition passagère
pour ne pas voir celui qu'il rend responsable de la captivité de son
fils en Russie, et de la mort d'un autre de ses fils dans la guerre
d'Espagne.
5 - La maison du Général Labbé
de Vouillers (Actuellement maison de Hédouville).
Chef d'Etat-Major de Dumouriez
en 1792 il émigre avec celui-ci en avril 1793. Sa femme est rapidement
invitée à divorcer; il est cependant autorisé au bout de quelques années
à revenir en France. Il se remarie alors avec sa femme et se réinstalle
dans sa maison d'Eclaron.
Napoléon se rend chez lui et
y restera une heure environ; (l'armée ne peut franchir que bien lentement
le pont de la Blaise réparé tant bien que mal) il reste adossé à la
cheminée auprès du feu; il demande un verre de Malaga qui lui est servi
par une jeune fille au service de la maison, Françoise Vinot (qui épousa
plus tard un certain François Marq).
6 - Cimetière: Tombe du Général
Deponthon.
Charles-François Deponton fait
toutes les campagnes de la Révolution et de l'Empire de 1794 à 1815.
dans le Génie. Après le traité de Tilsitt et à la requête de l'Empereur
de Russie, il est envoyé dans ce pays en 1808 et 1809 pour dresser les
cartes d'Etat-Major. (Les cartons et ébauches de ces cartes sont restées
jusqu'à la dernière guerre mondiale dans les greniers de la maison d'Eclaron,
mais ont été détruits comme tout le mobilier par les Allemands).
Ses mérites sont récompensés
par la Croix de l'Ordre russe de Saint Vladimir, et par le titre français
de Baron d'Empire en 1811.
En 1812, quand il apprend les
projets de Campagne contre la Russie, il fait part à l'Empereur de ses
plus vives réticences et les motive par sa connaissance du pays, de
son climat et de son immensité... ; la retraite de Russie et les défaites
de 1813 lui donnent malheureusement raison. Il défend cependant avec
la plus vive énergie la place forte de Hambourg, et il ne rend les armes
qu'à la fin du mois d'avril 1814, trois semaines après l'abdication
de Napoléon. Il découvre seulement alors l'étendue du désastre qu'il
avait pressenti.
Il poursuit après 1815 une brillante
carrière.
Il meurt à Eclaron le 25 août
1849. Il est enterré avec un certain cérémonial: des familles amies
de la région sont prévenues et invitées (notamment celles des châteaux
de la Brie et de Haute-Fontaine); le cortège se rend au cimetière, précédé
de 142 Gardes Nationaux en uniforme. Conformément à ses vœux, le général
est déposé dans une tombe dont les dimensions et le style n'ont absolument
rien d'ostentatoire et frappent au contraire par leur sobriété. Pas
de symbole religieux: le Général était incroyant et avait toujours manifesté,
sans la moindre agressivité d'ailleurs, des idées inspirées de la Philosophie
des Lumières (Sa bibliothèque d'Eclaron est essentiellement composée
des Oeuvres de Voltaire et de J.J.Rousseau).
Dans sa conception, cette tombe
n'est pas sans rappeler celle de J-J Rousseau. Légèrement en contrebas
du niveau du cimetière, elle se présente sous la forme d'un obélisque
en marbre blanc de plus de deux mètres de hauteur; sur trois des quatre
faces sont portés les noms des combats, batailles et sièges auxquels
le défunt a participé. Le tout est entouré d'une grille métallique dont
les barreaux sont surmontés chacun d'un fer de lance.
Philippe
DELORME. Mars 1994.
Remerciements: cet article doit
beaucoup aux recherches effectuées dans les années 50 par le Colonel
de Baillon aux renseignements donnés par M. de Torcy, ainsi qu'à un
petit ouvrage aimablement communiqué par M. et Mme Mika: "Les causeries
de mon oncle"
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