L'église Saint Laurent

 

 

 

SES CARACTERISTIQUES :

Eglise de style gothique flamboyant, construite extrême fin XV° siècle - début XVI° siècle, dans la période où René II de Lorraine fut effectivement baron d'Eclaron (de fin 1482 à son décès le 10 décembre 1508).

René II de Lorraine avait son blason fixé aux 3 clefs de voûte du transept de l'église, en reconnaissance, sans doute, de la part financière par lui prise à la construction de cette église. Armes enlevées en 1641 par ordre de Richelieu en punition de la rébellion de Charles de Lorraine, héritier de la Maison de Lorraine et Due de Guise, contre le Roi Louis XIII.

Eglise consacrée le dimanche 18 octobre 1627 par Monseigneur Henri Clausse Evêque de Châlons-sur-Marne.

(Arch. dép. de la Marne, G111 f° 154 r°).

LE CHŒUR: De forme pentagonale, éclairé de 5 fenêtres.

Voûte à multiples nervures. A la clef de voûte le CHRIST DE GLOIRE, montrant les plaies de ses mains, de ses pieds et de son côté, préside, assis, au Jugement dernier. A sa droite une épée, à sa gauche l'arbre de vie (le Christ juge et donne la vie). Apocalypse XIX, 15 et XXII, 2). L'ancien Maître-autel, en marbre mis en place en 1778, est l'œuvre d'un certain Feuillat. Son coût : 1400 livres tournois.

A l'arrière de l'ancien Maître-autel, un tableau, peint sur toile, représente le martyre de SAINT LAURENT, patron de l'église (on l'étend, enchaîné, sur un gril). En haut du tableau, une date 1639. Une "bulle" sortant de bouche du martyr : "Interrogatus, te, Dominum, confessus sum" (mis à la question, je T'ai rendu témoignage, Seigneur). En haut du tableau, on lit cette prière saint Laurent, patron de céans, priez pour nous ".

Du XIX° siècle : stalles et vitraux (ornés des blasons ou initiales des donateurs).

A l'entrée du chœur, un beau Christ du XVII° siècle, porté par une "poutre de gloire" remarquable. Les pieds de ce Christ sont cloués côte à côte et non superposés.

Ce Christ surmontait autrefois une balustrade qui séparait la nef du chœur. En visite à Eclaron le dimanche de la Pentecôte 25 mai 1749, Mgr Claude Antoine de Choiseul-Beaupré, évêque de Châlons, demanda de la faire disparaître : "on ôtera la balustrade qui sépare le chœur de la nef, laquelle empêche qu'on ne voye (empêche de voir) l'autel".

Deux inscriptions sur chacun des piliers à l'entrée du chœur : Edme Thomas (curé d'Eclaron de 1611 à 1642 ) et Pierre-Paul de Martinet (curé d'Eclaron de 1699 à 1733) font des donations à la paroisse en contrepartie de messes à dire à leurs intentions.

L'ACTUEL MAITRE-AUTEL : en bois

Sa conception et la sculpture de sa façade la Cène du Jeudi Saint oeuvre de M. Claude MICHEL, de Triaucourt, réalisé en 1990 Le bâti de l'autel est dû à M. Fernand de HEDOUVILLE.

L'ambon : oeuvre de ces mêmes personnes, représente saint Laurent en dalmatique et étole.

LE TRANSEPT NORD : (chapelle Sainte Joseph).

Clef de voûte : SAINT JEAN-BAPTISTE, ayant à ses pieds un agneau, montre, de l'index droit, l'Agneau Pascal qu'il porte sur le bras gauche. Jean-Baptiste est revêtu d'un habit rouge, symbole de son martyr.

Sur l'autel sculpté en 1882 par Michel Geissinger, d'Eclaron : une statue de SAINT JOSEPH (1m69) en bois, d'un coût de 600F, exécutée à Munich par D. Maÿer et Cie "Etablissement artistique de travaux plastiques , place Stiegelmaier à Munich", est bénite à Eclaron le dimanche 19 mars 1865, en la fête de saint Joseph.

A côté de l'autel de saint Joseph, remarquable statue en pierre d'un CHRIST dit "AUX LIENS" ou "à la Colonne" ou "de Pitié", du XVI° siècle. Au-dessus du "Christ aux Liens" : peinture sur bois de SAINT NICOLAS et des 3 petits enfants, sertie de motifs en stuc, oeuvre du XVII° siècle. Saint Nicolas était autrefois le patron, nombreux en notre région, des mariniers (voituriers par eau), des fabricants de bateaux et des marchands de bois utilisant le flottage pour le transit de leurs marchandises.

LE TRANSEPT SUD : (chapelle de la Sainte Vierge)

Clef de voûte : SAINT LAURENT, en dalmatique rouge, tient de la main droite le manche du gril, instrument de son supplice, et l'Evangile de sa main gauche.

L'autel de la SAINTE VIERGE, installé en 1869, sculpté par M. Ragot, de Chaumont (Hte Marne), s'inspirant d'un dessin de Morris (gendre et collaborateur de Viollet-le-Duc ), complété par M. Hubert Fisbach (architecte à Saint-Dizier), porte une statue polychrome de la Vierge à l'Enfant, également réalisée par la Firme D. Maÿer, qui fut bénite le 8 septembre 1864 en la fête de la Nativité de la Sainte Vierge, par l'Abbé Charles Buron, curé de la paroisse.

A gauche de l'autel de la Sainte Vierge, peinture sur bois, de SAINT CHARLES BORROMEE, ornée de motifs en stuc, offerte en 1669 par Hiérosme Mathieu à l'occasion d'une fondation de messes (voir la plaque de marbre noir).

TROIS NEFS : d'égale hauteur.

Le dallage de la nef et des bas-côtés : "en pierres dures extraites des carrières de la Chapelle-en-Blaisy", remplace les carreaux en terre cuite. Marché passé le 25 mai 1862 avec l'entrepreneur Jules Rigaut, par décision du Conseil de Fabrique du 5 janvier 1862. Les carreaux sont enlevés aux frais de l'entrepreneur. Coût: 2 316,70F. Travaux exécutés dans le mois de juillet 1862.

LA CHAIRE A PRECHER :

Oeuvre, vers 1684, soit de Remy Drappier ou d'un certain Guibon (les avis divergent), l'un et l'autre de Wassy. La chaire est soutenue par le Samson de la Bible, reconnaissable à la patte de lion sur son épaule, et à la mâchoire d'âne dans sa main.

Sur les faces de la chaire, les quatre Evangélistes : Saint Marc et le lion, saint Jean et l'aigle, saint Matthieu et un ange, saint Luc et un taureau. L'ange inspire Matthieu écrivant son évangile. Le lion évoque Marc qui commence son évangile en nous faisant entendre la voix de Jean-baptiste dans le désert disant : "Préparez les voies du Seigneur". Le taureau, animal offert en sacrifice, est associé à Luc dont l'évangile débute par le sacrifice de Zacharie. L'aigle, enfin, rappelle la hauteur de vue de Jean sur Jésus, Verbe de Dieu.

Sur le panneau fixé au pilier : le Christ transfiguré et la parole du Père en faveur de son Fils "Ipsum audite" (écoutez-le), avec l'indication du chapitre 9 de saint Luc qui relate cette scène. En face de la chaire, une inscription de fondation de messes par et pour Pierrette Pourrée et les siens. Tête de mort et tibias illustrent (au cas où on ne la comprendrait pas !) Cette péremptoire sentence. "Je suis esté comme vous, demain vous serez comme moi !".


carte postale envoyée pendant la guerre de 1914-1918

L' ORGUE :

Construit de 1764 à 1769 par le facteur d'orgues Jean Richard, de Troyes, pour l'Abbaye des Prémontrés de Jovilliers (Meuse), vendu comme bien national le 9 mai 1791 à la ville de Saint-Dizier pour l'église Notre-Dame, revendu peu après pour celle d'Eclaron, l'orgue de Jovilliers a connu, depuis cette époque, des modifications et des améliorations qui font de lui un instrument de très grande qualité . Il remplace le premier orgue installé en 1642 par Chrestien Dognon, facteur d'orgue de Nancy.

LE BENITIER : (à l'entrée principale de l'église).

De fonte, en forme de cloche renversée, a été offert à l'église en 1619 par Guillaume Hurbal et sa femme Béatrice de Bonnart, ainsi que l'atteste l'inscription portée autour : "Guillaume Hurbal, escuier (écuyer), et damoisselle (damoisellel) Béatrix de Bonnat (Bonnart) m'ont faict faire et à l'église de Saint Laurant (Laurent) d' Eclan (d'Eclaron) m'ont doné (donné) en l'ané (année) 1619. Prié (priez) Dieu pour eux. Jésus-Maria-Amen-1619".

Déjà, un Guillaume Hurbal (est-ce le même ?), d' Eclaron, avait obtenu du pape Sixte Quint, le 2 septembre 1586, une indulgence en faveur d'Eclaron et valable 10 ans, à gagner le jour de la fête de l'Assomption de la Sainte Vierge.

LES FONTS BAPTISMAUX :

Installés en 1614 à l'époque d'Edme Thomas, curé d'Eclaron, et payés (en partie) par son frère Pierre Thomas, lui-même curé d'Eclaron de 1597 à 1611.

LA STATUE DE SAINT ROCH :

Saint Roch, revêtu de l'habit de pèlerin, relève sa tunique pour montrer la plaie due à la lèpre qu'il a contractée en soignant les lépreux. A sa droite, un ange (sans ailes et en justaucorps), tient dans sa main un linge roulé, pour soigner les plaies du saint.

A sa gauche, un chien tient dans sa gueule un pain rond dérobé à la table de son maître . On vénérait Saint Roch surtout au moment des épidémies, ainsi lors de l'épidémie de choléra de 1854, qui fit 45 victimes à Bienville, 24 à Prez-sur-Marne et 108 décès dénombrés à Eclaron durant cette période.

LE PORCHE D'ENTREE :

Porche agrandi en 1619 pour en faire la chapelle mortuaire de la famille de Comitin . Louis de Comitin, gruyer (officier des Eaux et Forêts) d'Eclaron obtient cette faveur le 28 août 1619, de Mgr Henri Clausse, évêque-coadjuteur de Châlons, de passage à Eclaron. On accédait à ce porche-chapelle mortuaire de 1619 par 2 portes latérales murées en 1843 et remplacées par l'ouverture de la grande arcade actuelle.

Porche à deux voûtes dont les clefs portent le blason des de Comitin. Trois paires d'yeux signifiant une bonne et très belle vue, le nom réel des de Comitin étant "de Belviso", en français de Bellevue". Les de Comitin, en italien, "Comitino" (le petit comte) venaient de Sicile.

LE CLOCHER :

Construit en 1856-1857 par l'entreprise Pierre David, de Nomécourt, sur les plans de l'architecte de Wassy Jean-baptiste Couvreux. A le regarder-il fait penser à la Tour de Pise. Sa pointe, victime d'un très mauvais penchant, avait, pour cette raison, été supprimée en 1960.

Il remplace un clocher, lui aussi en bois, atteint par la foudre le jeudi 25 avril 1811, à huit heures du soir. Le clocher n'est pas encore reconstruit quand Napoléon 1° passe à Eclaron le 28 janvier 1814 . Bien accueilli, Napoléon s'engage à le faire reconstruire aux frais de l'Etat . Mais c'est l'île d'Elbe et Sainte-Hélène... Napoléon III° honorera plus tard la promesse de son oncle.

LE MILLESIME "1506" :

Sur le troisième meneau de la fenêtre du transept nord (côté pharmacie), visible de l'extérieur, un écusson porte le millésime "1506", précieux indice de la date de construction de l'église.

Bernard Aubépart, curé d'Eclaron 14 juillet 1995.

 
 
     

 

NOTE SUR LE CLOCHER:

Au printemps 1960, devant la menace de sa chute, la flèche fut démontée.

 

 

REFLEXION SUR LA CHAIRE DE L'EGLISE SAINT-LAURENT:

Si Claude de Guillebon expose qu'à l'origine ce nom n'était pas un nom mais un surnom, le patronyme étant au 15ème siècle LE THOILLIER suivi du surnom GUILLEBON " LE THOILLIER dit GUILLEBON", Jean Guibon originaire de la même région, précise (sans pouvoir malheureusement remonter ses connaissances pour le moment à une date antérieure à 1609) que les Guybon, Guibon, Guylebon, Guillebon ... de Picardie ont la même origine, celle de LE THOILLIER dit GUILLEBON ou plus exactement le thoillier nommé GUY surnommé LE BON pour être distingué d'un autre GUY également membre de la famille, cela, en fonction d'une qualité ou d'un sobriquet "Bon" signifiant à l'époque "brave" dans les deux interprétations.

Or, sur les registres paroissiaux du 18ème siècle de la commune de Guerbigny à quelques pas de Montdidier apparaissait une multitude de Guibon appartenant à la même famille et dont l'orthographe du nom différait d'un acte à l'autre voire même dans la lecture d'un même acte; ainsi apparaissaient en dehors des guibon majoritaires, les guybon, guylebon ..... un Guillebon venant de la paroisse de Plainval était parrain d'un Guybon né à Warsy paroisse de Guerbigny. De la même famille, le 28 septembre 1609 à Davenescourt contrat de mariage de Claude GUIBON avec Marguerite Cordier ... Claude Guibon jeune compagnon à marier, fils de défunt Simon Guibon assisté d'Anne de Puche sa mère, son mestier est tisseur de thoile.....

En s'interrogeant sur la chaire à prêcher de l'église Saint-Laurent, précisant que l'oeuvre est de Rémy DRAPPIER ou d'un certain GUIBON:

ne s'agirait-il pas du même individu ?

THOILLIER, DRAPPIER avec GUIBON, quelle coïncidence ?

Jean GUIBON.

 

La Chapelle des Comitin

1 - Historique. d'après Henri de Baillon.

Au XVIe siècle, à l'entrée de l'église était un porche permettant aux fidèles de s'ébrouer avant de pénétrer dans le sanctuaire. Il était sans doute en bois comme on en voit dans la région à Nuisement, Les Grandes Côtes, Arrigny, Minecourt et surtout dans le Bocage à Bailly-le-Franc, Braucourt, Châtillon-sous-Broué, Lentilles, Outines, Perthes-en-Rothière.

Sous ce porche furent enterrés plusieurs membres de la famille de Comitin dont les aînés furent gruyers d'Eclaron de père en fils pendant quatre générations depuis au moins 1536. En 1619, Louis de Comitin, écuyer, Seigneur d'Ecriennes, de la Mothe-les-Humbécourt et de Goncourt, Gruyer d'Eclaron, Roches et Louvemont, et de Villiers-sur-Suize, après avoir obtenu l'accord de la communauté des habitants d'Eclaron, fit la demande à l'autorité épiscopale d'édifier une chapelle funéraire à cet endroit. Cela lui fut accordé et le porche en bois est alors remplacé par un bâtiment en brique et pierre, selon l'appareil étant à la mode à l'époque. Sur le mur du fond - donnant à l'ouest - est placé un autel. Latéralement sont ménagées deux portes. Les clefs de voûte sont ornées du blason de la famille de Comitin "d'argent à six yeux au naturel, 2, 2 et 2" entouré de deux rameaux de laurier, insigne des officiers de Gruerie.

L'accès à l'église se fit alors par les deux portes latérales de la chapelle ainsi que par les deux petites entrées ménagées dans les murs des bas-côtés nord et sud.

En 1843, peut-être pour ne plus subir les courants d'air circulant entre les deux portes latérales, et à la suite d'un devis contresigné par le maire Leblanc le 1er septembre 1843, on recomposa l'arrangement de ce porche: on ouvrit, le mur en brique du fond de la chapelle et on y plaça deux colonnes surmontées d'une voûte en plein-cintre. On mura les deux portes latérales de la travée la plus à l'ouest. On établit à l'entrée une grande grille en bois permettant de fermer l'accès au lieu tandis qu'une porte centrale flanquée de deux petites portes latérales était installée de manière à séparer le porche en deux.

Ce nouvel aménagement fut rapidement promis à disparaître avec les projets d'agrandissement élaborés en 1846, en le plein accord avec l'évêque. Le clocher primitif devait être reconstruit à l'identique et l'église prolongée à l'ouest par une nouvelle travée en forme de transept. Mais, les ressources financières ne permirent pas de procéder à ces travaux.

Les contreforts orthogonaux situés de chaque côté du portail d'entrée ne paraissent pas être suffisamment puissants pour étayer la voûte et celle-ci donne quelques signes de faiblesse, tandis que la grille en bois devant en fermer l'accès est maintenant hors d'usage.

Philippe Delorme, 28 novembre 2002

2 - Comment peut-on aménager la Chapelle des Comitin ?

On pourrait démonter et ôter la porte centrale en bois car elle nuit à l'unité de la Chapelle. Un porte moderne, dont le matériau reste à définir, serait établie juste à l'entrée du porche. Cette solution offrirait les intérêts suivants:

  • Elle redonnerait à cet ensemble son unité et sa fonction d'accueil.
  • Elle lui conférerait un aspect plus harmonieux, mettant en valeur non seulement les voûtes et les affiles des Comitin mais encore le grand portail d'entrée.
  • Elle permettrait à l'assistance, souvent nombreuse lors des obsèques, de suivre réellement la cérémonie, cas se produisant également pendant la liturgie des Rameaux et de la Grande Veillée Pascale.
  • Enfin, beaucoup mieux qu'une simple restauration des grilles en bois, elle mettrait la Chapelle à l'abri des diverses dégradations et souillures provoquées par des personnes négligentes et individus irrespectueux des lieux sacrés ou de leurs abords immédiats.

Ghislaisne Delorme, Conseiller municipal, juin 2003.