Cette petite
rue d'ECLARON, parallèle à la rue de Verdun, a connu des noms variés
semble-t-it, comme "Rue des Dommartins". Dans le langage courant d'autrefois
on l'appelait souvent "Rue des Darest", du nom d'une famille de "tissiers
en toile" qui en occupait plusieurs maisons. L'activité principale des
habitants de cette rue a été en effet pendant très longtemps le tissage
du chanvre. Ces tisserands s'installaient plutôt à l'ouest du bourg,
et à proximité du "fossé de ville" dans lequel s'écoutait l'eau indispensable
à tous les travaux textiles. A ce point de vue, la rue des 8ourots avait
l'avantage de donner directement sur ce fossé dans son extrémité nord.
Toutes les maisons
du bourg avaient leur jardin potager et fruitier, et assez souvent aussi
une chènevière sur laquelle on faisait pousser le chanvre. Après la
récolte, chaque famille consacrait du temps à "tiller" le chanvre, c'est
à dire à le débarrasser de son écorce. On faisait cela à la veillée.
L'article 12 du Règlement général de police d'ECLARON (Prévôté D'ECLARON,
2 août 1758) interdisait à cause des risques d'incendie de se livrer
à cette activité dans "les coins et recoins" à la lueur d'un falot ou
d'une chandelle non enfermée dans une lanterne.
Les "tissiers
en toile" travaillaient à domicile sur leur "métier". Ils transmettaient
leur savoir-faire à leurs enfants et quelquefois à un apprenti: dans
ce cas on passait devant le notaire pour se mettre d'accord. Le contrat
d'apprentissage portait sur un an et précisait que le jeune garçon devrait
se montrer obéissant. Il était logé, nourri et blanchi chez son maître;
ce dernier devait lui apprendre aussi bien à dévider le fil et qu'à
faire toutes sortes de toiles ou treillis. Le père s'engageait à payer
une certaine somme, et parfois à faire une livraison de bois de chauffage.
Les tisserands
prenaient ensuite les longues fibres de ces sortes de roseaux, pour
les transformer en fil; puis ils tissaient la toile qui servirait à
confectionner les linges et les vêtements légers de couleur légèrement
beige, avant que le coton ne remplace lentement le chanvre au cours
du XIX° siècle.
On se servait
également du chanvre pour réaliser des cordages dont les brelleurs de
VALCOURT, MOESLAINS et HOERICOURT, faisaient une grande consommation
pour assembler au bord de la Marne les longs trains de bois carré ou
de bois de sciage à destination de PARIS.
octobre 1994
Philippe.DELORME
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